Par Mohsen Ben hadj Salem (Maitre-Assistant)

« Je discutais un jour avec un groupe d'étudiants en architecture de sujets qui nous concernent les uns et les autres. Je dessinais au tableau noir une possible cité future et leur demandais quels traits saillants ressortaient de cet environnement. Il y avait sept hélicoptères dans le ciel de mon dessin, et aucun étudiant ne les remarqua. Exaspéré, je m'écriai : “Avez-vous jamais entendu sept hélicoptères ?”. L'architecte aujourd'hui travaille pour des sourds. Il a lui-même les oreilles bouchées. Aussi longtemps que des exercices d'éducation n'auront pas amélioré la situation, on peut s'attendre à le voir poursuivre sur sa même voie. L'étude des sons n'entre aujourd'hui dans les écoles d'architecture que pour ce qui intéresse leur réduction, leur isolation et leur absorption. Ecoutez un édifice vide de tout homme. Il respire, il a sa propre vie. Le parquet, les poutres craquent, les radiateurs craquètent, les chaudières grognent. Les constructions du passé émettaient elles aussi des sons bien à elles, mais elles ne sauraient entrer en compétition avec les bâtiments modernes pour ce qui est de la puissance et de la permanence de ces sons. La ventilation, l'éclairage, les ascenseurs et le chauffage produisent un important volume sonore ; les ventilateurs et les systèmes d'évacuation de l'air dégorgent des masses incroyables de bruits dans les rues et dans les allées mêmes qui bordent les immeubles. ».

  1. Murray Schafer, Le paysage sonore(traduction par Sylvette Gleize, New York, A. Knopf, Inc., 1977), Paris, Editions Jean-Claude Lattès, 1979, pp. 304-305.

 

Les architectes et les aménageurs urbains seraient-ils devenus sourds ? Le compositeur canadien R. Murray Schafer, initiateur des études sur le « soundscape », a été le premier à évoquer le manque de sensibilité acoustique qui caractérise les villes contemporaines. À la différence des villes et architectures du passé qui, à son dire, fonctionnaient avec l'oreille aussi bien qu'avec l'œil, les villes modernes s'intéressent prioritairement à la dimension visuelle, réservant toute considération sonore à l'expertise technique d'un acousticien. Essayer de vérifier cette amère constatation a été, et continue d’être l’un de mes préoccupations en tant qu’enseignant chercheur. Architecte de formation, ayant une maitrise des théories et des techniques  relatives aux ambiances sonores (enregistrements, capture), mon parcours est une quête continue des sons du monde. 

 

Le mercredi 4 avril 14h

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